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 À quand la photographie inratable?

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Le P'tit Nicolas
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MessageSujet: À quand la photographie inratable?   Mar 18 Jan 2011 - 13:58

Le mode automatique des appareils devient de plus en plus intelligent, au point de pouvoir envisager un jour des photos techniquement parfaites, où l'appareil aura corrigé toutes nos erreurs.



N’importe quel tour dans les albums photos de vos amis sur Facebook vous prouvera qu’on rate encore ses photos. Mais alors que les appareils photos numériques s’améliorent constamment et continuent de sortir des options qui automatisent de plus en plus la prise de vue, s’approche-t-on de la photo impossible à rater, avec un appareil qui ferait tout le boulot et un bouton sur lequel appuyer pour avoir une bonne photo?

Je ne parle évidemment pas ici d’une photo qui soit intéressante ni même réussie sur le plan esthétique, mais d’une photo qui, bêtement, ne soit pas ratée techniquement. Je ne pense pas à la photographie professionnelle, ni même aux amateurs plus qu’avertis de Chasseurs d’Images, qui de toute façon font leurs réglages eux-mêmes. Mais plutôt à votre grand-mère, qui grâce à ce futur appareil pourrait prendre une photo nette de son petit-fils sans lui couper la tête au passage, ou à vos amis qui captureront un souvenir de vos soirées sans que le résultat soit sombre et plein de yeux rouges. Ou peut-être même à vous, qui passez votre temps à photographier votre petit(e) ami(e) en contre-jour.

Qu’est-ce qu’une photo ratée et une photo réussie?

Aujourd’hui, pour le grand public, une photo est ratée si elle est floue sur l’objet qui intéresse, si elle est surexposée ou sous-exposée. Les fabricants d’appareil ont donc travaillé à des automatismes qui aident à la mise au point, à l’exposition et à la stabilisation. Par exemple, avec les numériques et les téléphones portables les photos se prennent souvent à bout de bras –«l’horreur», note Luc Saint-Elie, responsable formation et communication en nouvelles technologies chez Panasonic, «c’est impossible d’être net à bras tendu», d’où des systèmes internes à l’appareil pour contrebalancer les mouvements du photographe et stabiliser la prise de vue.

Ce qui fait qu’une photo est ratée ne relève pas seulement de la technique pure: «On veut que les couleurs soient comme on s’en souvient», explique Mike Owen de chez Canon. «Donc on essaye de faire en sorte que les couleurs capturées pendant une photo imitent la façon dont les gens pensent à ces couleurs». D’où, par exemple, un mode portrait qui amplifie les tons rouges, ou un mode paysage qui amplifie les tons verts ou bleus. Ou les modes nuit/ lumière du jour/ néon qui rectifient la balance des blancs.

Les critères de réussite ou de ratage peuvent aussi être sociaux. Alors qu’au début du XXe siècle, la photo de famille réussie devait voir ses sujets de face, regardant l’objectif sans sourire, on veut aujourd’hui au contraire des clichés non posés, «où il faut photographier l’enfant sans qu’il s’en rende compte pour que ce soit naturel», explique la sociologue Irène Jonas, auteure de Mort de la photo de famille?. La photo doit dégager du bonheur, parce que le bonheur familial est valorisé, ou montrer l’enfant comme on le voit, analyse celle qui a beaucoup entendu la phrase «Là, c’est vraiment lui» quand elle interrogeait des familles sur pourquoi telle photo était réussie plutôt que telle autre.

Ces améliorations sont le résultat d’un ping-pong entre d’un côté le service Recherche & Développement d’une entreprise de fabrication, et de l’autre son service marketing: les fabricants cherchent à savoir ce que le public veut et les ingénieurs se chargent d’analyser ce qui est techniquement possible de réaliser. Il en résulte une sorte de goût moyen ou consensus plus ou moins mou sur ce qui fait une photo ratée ou réussie, sachant que les gens qui sortent de ce «goût moyen» seront ceux qui désactiveront le mode automatique pour mettre en place leurs propres réglages.

Fait-on moins de photo ratées qu’avant?

Il est difficile de savoir à coup sûr si on fait moins de photos ratées qu’avant. Le chercheur en études visuelles André Gunthert rappelle qu’on n’avait pas les éléments avant, puisque les photographies restaient dans le secret de familles, et qu’il faut donc se méfier de ce qui pourrait être un effet d’optique.

Pour autant, il estime que deux facteurs d’amélioration de nos photos ont bien été apportés par la pratique numérique. D’une part, «le fait de voir l’image immédiatement après la prise de vue […] et puis de pouvoir refaire des essais; pouvoir faire plusieurs images étant un critère fondamental de l’amélioration des images». D’autre part, les gens qui mettent leurs images en ligne sur Flickr ou d’autres sites voient un autre effet d’amélioration, avec «une sorte d’apprentissage qui se fait par l’usage des plateformes en ligne»:

«Je l’ai vérifié sur des comptes que j’ai suivis pendant des années, il y a une amélioration des gens parce qu’ils regardent les photos que font les autres. Vous allez en discuter, on discute des vôtres, il y a un côté pédagogique.»

On a donc d’un côté l’impression de prendre moins de photos ratées qu’avant, et de l’autre des appareils –et parfois des regards– qui s’améliorent, et nos photos avec.

Par exemple, alors que l’utilisateur devait auparavant choisir de passer en «mode neige»[i/], [i]«mode paysage»[i/] ou autre, de nombreux compacts offrent aujourd’hui un mode automatique “intelligent”, où c’est l’appareil lui-même qui analyse l’image qu’il est censé prendre: avec le mode [i]«Intelligent Auto», explique Luc Saint-Elie de Panasonic, l’appareil cherche si un visage est présent dans l’image et à quelle distance les formes détectées se trouvent, essayant de deviner tout seul s’il doit passer en mode «portrait», «paysage» ou «macro» par exemple. Même chose avec le mode «Smart Auto» de Canon.

De même, on pourrait techniquement imaginer une aide au cadrage, avec un appareil qui vous conseillerait de vous décaler à droite ou à gauche en fonction du type d’image que vous voulez réaliser, mais Luc Saint-Elie n’est pas sûr qu’une telle fonction soit recherchée par les utilisateurs:

«Le principe de l’appareil n’est pas de s’interposer, c’est plutôt de s’arranger pour que ce que vous avez choisi soit bien fait. L’acheteur dit "Je veux que mon appareil fasse de bonnes photos, pas qu’il me dise quelle photo je dois faire".»

Même s’il ne voit pas ce genre «d’aide à l’idée» se mettre en place dans les années à venir, il admet volontiers que cette position du public «peut changer, vu qu’il devient plus large».

Cette aide au cadrage pourrait techniquement être un jour intégrée au mode automatique «intelligent» ou à chaque mode scène, reprend de son côté Fabrice Abuaf, chef de produit reflex amateur chez Nikon. Dans tous les cas, elle devrait être présente «discrètement» explique-t-il, pour que le processus de prise d’image reste aussi transparent que possible pour l’utilisateur, et facilement désactivable.

Priorité au sourire

S'il est une chose que les fabricants ne peuvent pas maîtriser, c’est le moment où l’on va avoir envie de sortir notre compact. Pour le reste, une fois notre décision prise, certains appareils peuvent prendre des photos à notre place. De nombreux fabricants ont ainsi mis au point un «détecteur de sourire»: l’appareil peut automatiquement prendre la photo dès que les sujets sourient. Sur les compacts de Nikon, on peut aussi faire mémoriser plusieurs visages à l'appareil et lui dire quel visage est une priorité dans une photo de groupe. «Donc si vous faites des photos dans un mariage, si la mariée ne sourit pas et que vous l’avez enregistrée dans l’appareil, tant qu’elle ne sourit pas la photo n’est pas prise».

Sony est allé encore plus loin avec son «Party Shot», un socle tournant sur lequel on pose son compact qui passera ensuite la soirée à prendre, tout seul, des photos (il reconnait tout seul le type de scènes qu'il est en train de photographier, et ajuste ses paramètres en fonction). Ce qui permet à l'hôte de la fête de ne pas passer sa soirée derrière son appareil, mais lui fait encourir le risque de se retrouver avec des photos qui ne mettent pas en valeur leur sujet vu qu'elles sont prises en contre-plongée. Sans compter que des photos, il y en aura beaucoup (le socle party-shot a une autonomie de 10 heures), et qu'elles se ressembleront toutes, à moins de changer constamment le socle de place.

Démonstration en vidéo: